{"id":565,"date":"2016-07-05T08:34:34","date_gmt":"2016-07-05T06:34:34","guid":{"rendered":"https:\/\/lyceecondorcet.definima.net\/non-classe\/billet-n9-de-dominika-urban-etudiante-en-b-t-s-commerce-international-portant-sur-lentretien-avec-sorj-chalandon-a-propos-de-profession-du-pere\/"},"modified":"2016-07-05T08:34:34","modified_gmt":"2016-07-05T06:34:34","slug":"billet-n9-de-dominika-urban-etudiante-en-b-t-s-commerce-international-portant-sur-lentretien-avec-sorj-chalandon-a-propos-de-profession-du-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lyceecondorcet.definima.net\/actus\/billet-n9-de-dominika-urban-etudiante-en-b-t-s-commerce-international-portant-sur-lentretien-avec-sorj-chalandon-a-propos-de-profession-du-pere\/","title":{"rendered":"Billet n\u00b09 de Dominika Urban, \u00c9tudiante en B.T.S. Commerce International portant sur L\u2019entretien avec Sorj Chalandon \u00e0 propos de Profession du p\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab Il n\u2019y a pas de questions idiotes, ce sont souvent les r\u00e9ponses qui sont connes \u00bb. C\u2019est ainsi que Sorj CHALANDON, reporter de guerre depuis 20 ans et \u00e9crivain fran\u00e7ais de 63 ans a d\u00e9but\u00e9 son entretien avec les quelques chanceux \u00e9tudiants de BTS qui ont pu y assister. <\/strong><\/p>\n<p>La raison de ce rassemblement en petit comit\u00e9 ? La sortie de son nouveau roman, <em>Profession du p\u00e8re<\/em>, retra\u00e7ant une enfance difficile, tourment\u00e9e par un p\u00e8re violent et mythomane ; et une envie de partager cette p\u00e9riode de sa vie avec les jeunes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Ce roman, l\u2019auteur a longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crire, \u00ab Je n\u2019ai pas envie qu\u2019il lise ce livre \u00bb explique-t-il en parlant de son paternel. Par peur d\u2019\u00eatre incompris par ce dernier, Sorj CHALANDON s\u2019est finalement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 coucher ses sentiments sur papier le jour de sa mort. \u00ab J\u2019avais envie d\u2019\u00e9crire sur ce p\u00e8re dingue qui tenait sa famille comme une secte \u00bb. Mais toujours en pr\u00eatant sa m\u00e9moire, son pass\u00e9 \u00e0 un personnage fictif, ici pr\u00e9nomm\u00e9 Emile.\u00a0 \u00ab J\u2019ai envie de me mettre de c\u00f4t\u00e9, je n\u2019ai pas envie d\u2019\u00eatre \u00e0 poil \u00bb nous raconte-t-il. Cette mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire \u00e0 la premi\u00e8re personne, sans faire directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 lui-m\u00eame, est donc une mani\u00e8re pour l\u2019auteur de pouvoir enfin se lib\u00e9rer d\u2019un tabou qui l\u2019a d\u00e9truit, sans pour autant se mettre compl\u00e8tement \u00e0 d\u00e9couvert. \u00ab J\u2019\u00e9cris \u00e0 l\u2019os des mots. Je veux enlever l\u2019enveloppe des mots, je ne veux plus qu\u2019il y ait de gras \u00bb. De m\u00eame, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire \u00e0 la premi\u00e8re personne est une facult\u00e9 que lui offre le roman, qu\u2019il n\u2019avait pas dans le cadre de son devoir de journaliste. \u00ab Je me r\u00e9approprie les larmes, le d\u00e9sarroi devant un p\u00e8re fou, mais j\u2019ai besoin de me cacher derri\u00e8re un personnage, car c\u2019est trop douloureux, difficile \u00bb. Pour illustrer ses propos, il emploie l\u2019image du glaive et du bouclier. Sorj CHALANDON a d\u00fb s\u2019isoler le temps d\u2019\u00e9crire ce roman afin de faire revivre sa m\u00e9moire et de remettre en forme ses souvenirs qui venaient en \u00e9clat. En effet, selon lui, \u00ab les souvenirs que l\u2019on rapporte sont souvent une d\u00e9formation de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, il les apparente \u00e0 des sensations telles celles des coups physiques ou m\u00eame \u00e0 des d\u00e9lires. Mettre en commun sa m\u00e9moire avec celle de son fr\u00e8re pour la premi\u00e8re fois de leur vie, le soir apr\u00e8s l\u2019enterrement de leur p\u00e8re, l\u2019a \u00e9galement aid\u00e9 \u00e0 faire remonter \u00e0 la conscience des bribes d\u2019images, de sons, de saveurs dont il avait compl\u00e8tement omis l\u2019existence. Il raconte, par exemple, que son fr\u00e8re et lui, ils avaient v\u00e9cu dans la pauvret\u00e9 et la famine permanente et, assis sur le lit dans leur chambre commune, se rappelaient souvent l\u2019odeur, le go\u00fbt du poulet et des \u00e9pices. D\u2019autres souvenirs, plus douloureux, tr\u00e8s instables, \u00e9mergent \u00e0 la surface de la conscience du fait d\u2019un seul regard, une odeur particuli\u00e8re. Des souvenirs accompagn\u00e9s de sentiments refoul\u00e9s par l\u2019auteur, par refus qu\u2019ils fassent partie de son identit\u00e9. \u00ab A chaque fois qu\u2019il passait le pas de ma chambre, il avait une autre profession \u00bb relate l\u2019auteur. Un jour chanteur, l\u2019autre jour parachutiste, son p\u00e8re se d\u00e9clare conseiller personnel du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle jusqu\u2019en 1958, ann\u00e9e \u00e0 laquelle il dit \u00e0 son fils avoir \u00e9t\u00e9 trahi par son meilleur ami, et lui annonce qu\u2019il est d\u00e9sormais un espion charg\u00e9 de l\u2019assassinat de de Gaulle et, que lui-m\u00eame, petit gar\u00e7on de 13 ans, va l\u2019aider dans cette mission sp\u00e9ciale. L\u2019auteur n\u2019avait pas le choix, il devait ob\u00e9ir. Qui plus est, il \u00e9tait fier de pouvoir accompagner son p\u00e8re dans cette t\u00e2che h\u00e9ro\u00efque, car aussi effrayant que cela puisse para\u00eetre, l\u2019auteur ne savait pas, par son jeune \u00e2ge, discerner la v\u00e9rit\u00e9 du mensonge. Mais un pistolet \u00e0 13 ans, \u00ab c\u2019\u00e9tait dr\u00f4lement lourd \u00bb. Sorj CHALANDON avait peur, et sa m\u00e8re, battue par son p\u00e8re, fermait les yeux sur la r\u00e9alit\u00e9. A chaque fois que son avis sur la question \u00e9tait sollicit\u00e9, elle r\u00e9pondait \u00ab Les histoires de politiques, c\u2019est pour les hommes \u00bb. L\u2019auteur vivait dans l\u2019angoisse que son p\u00e8re la tue. Il avoue avoir ressenti un r\u00e9el soulagement pour son fr\u00e8re et sa m\u00e8re le jour de sa mort.<\/p>\n<p>En \u00e9crivant ce roman, il r\u00e9alise que la douleur r\u00e9elle n\u2019\u00e9tait pas d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 battu par son p\u00e8re, mais d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par un homme qui n\u2019a pas laiss\u00e9 de trace, qui ne lui a pas donn\u00e9 la force de se battre. Cette force, il a d\u00fb en effet la trouver lui-m\u00eame afin de survivre. Il s\u2019est reconstruit \u00e0 travers la m\u00e9moire, une m\u00e9moire qu\u2019il a lui-m\u00eame cr\u00e9e cette fois-ci. L\u2019auteur a b\u00e2ti un mur entre son pass\u00e9 et son pr\u00e9sent, il a constitu\u00e9 ses propres souvenirs d\u2019adulte, afin de devenir adulte. Il raconte en effet que la musique lui \u00e9tait interdite, et qu\u2019il devait se cacher pour en \u00e9couter. A 16 ans, il est donc all\u00e9 \u00e0 un club de Jazz, et il est tomb\u00e9 amoureux de ce genre de musique, qu\u2019il consid\u00e8re comme m\u00e9lodie de souffrance. \u00ab Pourquoi ai-je rat\u00e9 \u00e7a ? \u00bb s\u2019interroge-t-il. Il s\u2019est donc autoris\u00e9 \u00e0 reprendre chaque chose que l\u2019on lui avait interdite.\u00a0 N\u00e9anmoins, la m\u00e9moire infantile a laiss\u00e9 chez l\u2019auteur un sentiment d\u2019instabilit\u00e9. Il se trouve incapable de vivre au pr\u00e9sent, d\u2019aimer l\u2019instant pr\u00e9sent. \u00ab Je rencontre une fille, je pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la rupture \u00bb. Confesse-t-il.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui l\u2019auteur est p\u00e8re de trois filles. Ayant connu lui-m\u00eame le malheur, il ne leur veut que du bonheur. A la suite de la publication de <em>Profession du P\u00e8re<\/em>, la m\u00e8re de l\u2019auteur a refus\u00e9 de parler du livre, et son fr\u00e8re en a beaucoup ri. Sorj CHALANDON nous explique qu\u2019\u00e0 travers cet ouvrage, il cherche \u00e0 susciter de la sid\u00e9ration chez ses lecteurs et non pas de la piti\u00e9.\u00a0 Il souhaite que ses propres souvenirs fassent \u00e9cho \u00e0 ceux des lecteurs. \u00ab Il y a plein de tiroirs diff\u00e9rents dans ton livre, o\u00f9 les gens vont chercher un \u00e9cho \u00e0 leur propre douleur. Tu lib\u00e8res plein de choses dans plein de c\u0153urs \u00bb lui dira une lectrice.\u00a0 Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il publie un ouvrage aussi poignant. <em>Mon traitre<\/em>, pour lequel il a re\u00e7u le prix Joseph-Kessel en 2008 parle du conflit nord-irlandais et de Denis Donaldson, figure embl\u00e9matique de l\u2019IRA qui \u00e9tait \u00e9galement son meilleur ami et qui l\u2019a trahi en travaillant secr\u00e8tement pour le compte du gouvernement britannique alors qu\u2019il luttait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour le mouvement r\u00e9publicain. Il a aussi \u00e9crit <em>Le quatri\u00e8me Mur<\/em> qui revient sur le massacre de Sabra et Chatila qui eut lieu \u00e0 Beyrouth en 1982 M\u00e9moire douloureuse, oui.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9criture comme th\u00e9rapie ? De m\u00eame. Des \u0153uvres chocs qui ne vous laisseront pas insensibles, \u00e0 l\u2019image de leur auteur \u00e0 la fois cash, passionnant\u00a0 et tellement touchant.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Il n\u2019y a pas de questions idiotes, ce sont souvent les r\u00e9ponses qui sont connes \u00bb. 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